La solitude des réseaux sociaux ou comment nier sa flemmingite aiguë

Publié le par les felinettes

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Il y a des trésors cachés dans l'âme humaine et surtout dans ses trouvailles langagières. Comment dire au plus près de ce que l'on ressent ? Comment être juste quand on tente de dire sans fioriture ce que l'on vit ? D'une façon concise, résumée, écrasée, rédhibitoire ? Pour que le mot soit la chose ? Et pour bien dire la flemme, ce jour de désœuvrement où pourtant, tout était fait pour être chouette (soleil, liberté totale de faire ce que l'on veut, pétrole dans la bagnole, la mer pas loin, le jardin pour lézarder, des copines dans le répertoire du téléphone, un bon polard sur la table de chevet, les enfants à l'école ou à la sieste, chéri occupé à bricoler un truc on sait pas quoi, mais occupé quoi, des glaces dans le congélo...), alors quel mot ? Ce jour où l'on sent qu'on devrait faire quelque chose, mais rien n'est tentant. Rien ne fait envie, pas plus la glace avalée en cachette que glander dans le jardin. Tout a un goût de « ça serait super mais bof ». L'hébétude parcourt notre corps tandis que la léthargie s'empare de nos capacités intellectuelles et aucune issue n'est possible, la langueur et le farniente mêlée à une tendre mélancolie prend possession de tout ce qui nous fait exister.

 

Moi, j'ai déniché, au fin fond du pacifique, une expression qui colle parfaitement à cet affect. D'ailleurs, ce n'est même pas une expression, c'est un onomatopée, la moiteur de l'air rendant la parole fatiguée et superflue. En Polynésie, quand on ressent cette torpeur de l'âme, on dit « je suis fiu ». Ou « c'est fiu ». Fiiiiiuuuu... Aller à la plage ? Fiu. Aller jusqu'au frigo piquer la dernière crème au chocolat ? Trop fiu. Tout est fiu.

 

Et aujourd'hui, quand on est fiu, on peut aller voir si les autres sont moins fius que nous. On va sur FaceBook ou Twitter, et on attend de voir ce que font les autres, si notre « je suis trop fiu aujourd'hui » a suscité un commentaire compatissant, si nos amis nous soutiennent. Mais non. Rien. Le monde n'en a cure. On est fiu, c'est l'horreur, on ne sait pas quoi faire de nos bras qui semblent si inutiles, et pas un mot. On se confie, on ose dire le mot juste, pour une fois qu'on n'en rajoute pas, et personne ne réagit. Pffff... C'est fiu d'écrire un truc sur FaceBook de toute façon.

 

Car le fiu amène un sentiment de solitude. Le fiu, ça se vit seul. Les autres peuvent dire, ben je sais pas regarde une série, mais trop fiu d'allumer l'ordi. Ou ben je sais pas, va te promener, l'air ça fait du bien. Trop fiu de mettre mes chaussures, et puis, pour aller où ? Ben fais un gâteau. C'est fiu un gâteau, aaah. Une sieste ? Fiu, hyper fiu ! Alors les gens autour de nous se découragent et retournent à leurs occupations d'être non fiu. Ils n'ont pas la fiu attitude, et ne comprennent pas du tout ce non-désir de tout. Ou de rien. On ne sait plus. D'ailleurs, tout ce que je viens d'écrire, c'est trop fiu à lire. Comme quand on est las de parler parce que l'on s'entend.

 

Ooooh vive le fiu. J'arrête là parce que c'est fiu de continuer...  

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Camille 31/05/2012 09:39

oui voila, que ca ne dure pas trop longtemps pour pas que cette envie de rien ne devienne pesant pour soi meme^^

mamita 30/05/2012 22:49

j'ai lu et re lu et re .. c'est tres tres joliment dit ..
un sentiment de tiédeur et de douceur , de paix à la re re relecture , qui persiste ,qui laisse de bonnes choses tout au fond ..
Besos

les felinettes 31/05/2012 09:13



Merci Mamita Yaya Gaga !



Camille 30/05/2012 21:38

ah non ca bug cest tout lol , rho je suis nulle

a++

Camille 30/05/2012 21:37

han jai ete censurée par le site :o

Camille 30/05/2012 21:34

beuh non cest pas fiu a lire !

je ne connaissais pas l'expression, mais c'est bien trouvé ! cest qq chose que je connais, l'entre deux "je vais bien (ou en tout cas je fais croire que), jai envie de faire tout un tas de trucs et
je les fais" et le "je deprime severe dans mon lit et rien ne men fera sortir".

CErtaines personnes ne captent pas le malaise, et voient juste une simple flemme ou mettent ca sur le compte dune fainéantise passagere pas bien mechante...

allez la prochaine fois si cest tes pas trop fiu tu nous fais un bon ptit (euh nan groOOos) gateau et on ira se le manger qq part dehors (cest fiu les chaussures mais pieds nus cest pas mal), entre
2 pauses caca dans les herbes hautes fufu

bientot yen aura une qui te fera ses premiers pas, qui t'appelera mamaaaaaan 34487575 fois par jour, ca + le soleil qui revient et la fiu'attitud' sera bientot un peu plus loin

bonne fin de semaine bisous !

les felinettes 31/05/2012 09:12



Mais le fiu, c'est aussi super agréable. C'est écrasant, mais quel bonheur de succomber à l'envie de rien. Juste, faut pas que ça dure trop longtemps. Enfin en tout cas, je serai pas fiu la
prochaine fois qu'on ira se ballader !