l'amour ô l'amour !

Publié le par les felinettes

Mariage Alice & Ronan (51)

Il se passe en ce moment quelque chose de malsain. Ecoutez autour de vous, allumez la télé, la radio, et en ce moment, on nous parle beaucoup de "parentalité", d'homosexualité, les deux choses n'allant, paraît-il, pas ensemble. Passé le moment de stupeur que cela engendre chez moi, je m'interroge. Qu'est-ce donc que cette défense de l'anatomie et du naturel ? D'où cela vient-il ? 

Je suis une mangeuse de bio. Je pense effectivement que moins il y a d'addictif chimique dans mon assiette, mieux c'est. Je ne sais pas vraiment pourquoi, dans le fond, c'est une idée que j'ai, une croyance. Je n'en fais pas pour autant un drapeau à défendre, et je n'empêche personne de manger ce qu'il veut. Mais ce n'est pas tant le bio qui m'interresse dans le fait de manger bio, c'est aussi d'acheter à quelqu'un le fruit d'un travail précieux, d'acheter à un homme son savoir-faire. Car derrière le bio, il y a une idée du monde dans lequel on veut vivre. On peut faire du bio industriel, oui. Mais ce que je veux dire, c'est qu'il m'importe bien plus d'encourager une personne dans son désir de faire bien les choses, dans une échelle humaine et de proximité, que d'aller gagner des points sur ma carte Super Mu.

another day in paradise

Le naturel n'existe pas, c'est une construction de l'homme, qui tranche sur ce qui est naturel de ce qui ne l'est pas. Et au lieu de se tourner sans cesse vers le naturel, il devrait se concentrer sur le culturel. Car l'homme, c'est la culture. Se faire transplanter un rein, ce n'est pas naturel, construire des maisons, ce n'est pas naturel, se laver les mains après avoir été aux toilettes, ce n'est pas naturel, écrire, ça n'est pas naturel, et parler non plus. Et c'est pourtant ce qui nous signe comme humain.

Je défends donc de tout mon être cette idée que rien chez l'homme n'est naturel, et que par dessus le marché, c'est tant mieux. Le désir d'avoir un enfant, c'est un désir complexe, et qui comme tout désir, produit des ambivalences. On veut, puis on veut pas, et puis oui c'est tellement mignon et puis non, pas avec lui, pas maintenant on n'a pas d'argent, et ta mère est tellement chiante et puis ça arrive et l'embrouille dans laquelle on s'est fourré vient attester une chose : le désir d'avoir n'a rien à voir avec le fait d'être. 

Non seulement avoir ne nous autorise pas à être, mais ce sont deux logiques différentes. Et qu'une société toute entière décide qu'une partie de la population ne mérite pas d'avoir des enfants, c'est se leurrer sur ce que c'est que d'être parent, ou d'être un enfant. C'est mettre le mérite à la place d'une rencontre. C'est tuer la poésie humaine. C'est confondre explication biologique et liberté de créer. La psychanalyse nous enseigne que du désir d'avoir un enfant émerge un petit être qui de sa manière, nous désignera comme ses parents. Un décalage s'opère et la croyance d'un protocole de normalisation ne pourra rien empêcher. Il y a une scission, une perte. Se reconnaître en son enfant, et être reconnu par lui, c'est aller à la rencontre de son embrouille, c'est s'exposer à son ambivalence, à sa créativité.

Et l'amour, dans tout ça ? Ah, la croyance de devenir un, une bonne fois pour toute, échouera, dans la plus strict égalité cette fois. Allons, allons, on me renvoie : tous semblables, impossible ! Et je dis que la république a choisi "tous égaux de droit", pas semblables dans leur identité. On me rétorque : c'est comme ça, "l'anatomie, c'est le destin." Et je dis qu'il y a peut-être un aménagement à faire, possible déjà ailleurs -allons discuter avec la science !-, une ouverture à créer pour que chacun puisse se retrouver au sein de la mère patrie.

Au législateur de trancher, mais vite, car il met sur le banc de touche des individus qui ont besoin de son nom pour se nommer à leur tour. Vite aussi, car le voyeurisme dévore la place publique. Il y a urgence à réguler cette jouissance incontrolable et malsaine de juger ce qui se passe chez son voisin, dans son lit, ignorant par là-même sa propre déviance. Ne laissons pas la science ou l'obscurantisme raconter l'histoire du désir de chacun, laissons chacun libre de dire, de vivre et de nous restituer ensuite son chemin !

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