Désirer ce que l'on veut ou comment être parent angoisse

Publié le par les felinettes

Il y a des moments où l'on a envie de tout abandonner, de partir loin en laissant derrière soit ses frustrations, ses colères, sa tristesse. Il y a des jours comme ça, où le courage faiblit, où la joie n'est plus là. Dans ces moments-là, on pense à ce qui nous rendait heureux avant, quand l'insouciance semblait facile. On croit d'ailleurs que ces moments ont réellement existé, et on oublie que cette insouciance ne nous rendait pas non plus épanoui, que cette insouciance était un prétexte pour oublier ce qui nous manquait. Dans l'instant juste où l'on choisissait de s'abandonner -souvent à la fête et à l'oubli de soit-, jaillissait ce que l'on voulait mais qu'on ne pouvait pas avoir.

Puis la vie fait que l'on construit ce que l'on voulait et puis... on ne veut plus, on voudrait redevenir insouciant. C'est une ironie du désir que de vouloir ce qui nous manque pour ensuite vouloir manquer.

Quand l'on devient parent, on devient ce fou-là. Enfin, quand je suis devenue parent, je suis devenue cette folle-là. Une fois passé le temps de l'exaltation, reste celui du « que veux-je ? ». Je voulais un amoureux, je l'ai. Je voulais un enfant, je l'ai. Je voulais un travail, je l'ai. Je voulais désirer, je l'ai fait. Et maintenant ?

Et maintenant, je suis ici, je suis coincée, j'ai l'impression que je me suis trompée. Il n'est pas aussi facile de désirer ce que l'on a voulu que de se laisser porter par l'ivresse. Et l'on se torture, à cause de ce « veux », en oubliant ce « je » qui a voulu. Car la question qui ouvre les portes, finalement, est « qui suis-je dans ce vouloir ? » Suis-je si différente maintenant que par le passé ? Où aurai-je pu bien changé ? Que c'est-il passé ?

Il s'est passé qu'en devenant mère, ou père, nous ne sommes plus les derniers. Nous sommes les prochains. On passe le relais. Nos enfants seront d'autres hommes, et alors que nous avions l'habitude de parler de nos ancêtres, de regarder vers le haut, nous voici en train de regarder vers le bas, ce petit être qui marche à quatre pattes et qui lui, regarde vers le haut. Nous ne regardons plus seulement la vie des plus vieux comme quelque chose de révolu, nous regardons quelqu'un nous regarder. Il y a de quoi se sentir déboussolé. D'un coup, nous ne faisons que passer, alors qu'une seconde avant, nous vivions et faisions des projets. Et cet abîme du regard n'est pas sans nous donner le vertige.

Pourtant, rien ne s'arrête. Les projets ne sont pas finis et dureront le temps de la vie. Mais être la mère d'un enfant qui grandit suppose aussi d'être la mère qui vieillit d'un enfant. On doit donner un coup de rein dans l'arbre généalogique pour laisser de la place à cet enfant qui arrive et se déplacer d'une case, moins proche des racines dorénavant, plus près des feuilles que l'automne sème sur nos trottoirs.

Désirer manque, vouloir étouffe. Il faut un temps pour s'adapter, retrouver une curiosité qui nous fait vibrer.

Et pourtant, tout est là. Tout. Là. De quoi prendre ses jambes à son cou ! Quand on n'avait rien, on courrait à en perdre haleine vers ce bonheur, quand on a tout, on s'enfuit pour s'éloigner de ce qui brille de trop près. Comment supporter de se brûler quand on a eu si longtemps froid ?

Et puis un reproche, un cri, une larme, un « trop », un « pas assez ». Un rire, une boutade, un juste milieu.

Avoir des enfants. Etre mère. Simplement, on troque un avoir contre une existence.  

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