Caprices ou comment le malentendu s'installe...

Publié le par les felinettes

Je veux je veux

Aaaah ! Les caprices. Depuis que je suis maman, ce mot revient très régulièrement près de moi. Je l'entendais avant, bien sûr, mais je n'avais pas remarqué à ce point qu'il était aussi tendance. Ca vous dit quelque chose ?

« Oulala, tu lui donnes une tétine ? Attention aux caprices ! »

« Tu lui mixes sa nourriture ? Oh ma pauvre, si déjà tu lui passes tout, attention aux caprices. »

« De toute façon, dès trois mois, ils nous font des caprices. Surtout la nuit. »

« Les caprices, ça marche surtout avec sa mère/son père »...

Et quand on demande ce que c'est un caprice, la réponse tombe : « c'est quand ils testent ton autorité. » ou encore mieux « oh ben ça se voit ».

 

Un bébé sait donc si bien ce qu'il veut et ce qui lui arrive, que le fourbe, il serait capable de te faire faire des choses délirantes. Comme demander sa tétine, puis la rejeter, puis pleurer pour l'avoir, la recracher et ainsi de suite. Ca, forcément, c'est fait d'exprès. Rien que pour t'embêter. Alors, ça devient un caprice.

 

Curieuse, je suis allée voir dans le dico. Caprice, au fond, ça veut dire quoi ?

 

« Disposition de l'esprit à des enthousiasmes passagers, à des changements brusques dans l'humeur, les résolutions ou les sentiments. » [selon le http://www.cnrtl.fr/definition/caprice]

« (Quasi-)synon. contextuels arbitraire, besoin, délire, désir, enfantillage, fantaisie, hasard, humeur, incohérence, passion »

 

 

Pour moi, un caprice, c'est un plaisir qui arrive inopinément, sans que l'on s'y attende et que l'on se doit de satisfaire immédiatement. Je ne parle pas d'une envie de faire pipi alors qu'on vient de partir en voiture il y a 3 minutes et qu'évidemment, on ne peut pas s'arrêter en catastrophe sur le bord de la route. Non. Je parle d'un plaisir luxueux. D'un truc un peu fou, un assouvissement matériel ou émotionnel. Un caprice, c'est vouloir un vernis Dior alors qu'on a plus un rond sur son compte en banque, et l'acheter quand même, puis culpabiliser alors se fâcher sur la première pauvre proie venue, en mode tigresse de la mode.

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Voilà ma lecture du caprice : céder à une impulsion, se sentir quand même un peu honteuse et préférer en vouloir à l'autre tout en sachant que c'est moche. De loin, ça peut ressembler à un enfantillage en ce sens que c'est irresponsable, un peu disproportionné par rapport à... Par rapport à quoi d'ailleurs ? Par rapport à ce que « on » devrait faire. Et comme dit ma mère, « on est un con ».

 

Voilà donc ce que je pense des caprices, pour soi. Mais les caprices des autres ? Et les caprices des bébés ? Ah ah !

Bon. Un bébé ne veut pas de vernis Dior. Même hyper fascionista, à deux mois, un bébé, ça distingue à peine les couleurs... Alors ton vernis, il s'en tape. Non, à deux mois, un bébé, ça veut... Ca veut quelque chose, et parfois, on ne sait pas. Parfois, c'est simple, hop, un biberon et c'est bon. Parfois, c'est un câlin. Mais il faut avouer qu'entre un « ouiiiiin ouiiiiin » et un « mamaaaaaaaaama snifff », franchement, c'est compliqué de savoir. Alors en chouette parents, on propose, et c'est notre félin qui nous dit « ça ça me va comme solution » ou « mais ça va pas la tête ? Moi, un bib' ? C'est ça que tu comprends ? Alors que ça me paraît évident que ce que je veux, c'est écouter Chopin tout en étant dans tes bras sans que tu parles sinon j'entends rien, avec Doudou étiquette. Ca ou sinon je pleure. »Il faut avouer qu'on tente plus qu'on ne sait.

 

Et je crois que le caprice surgit à ce moment-là précisément. Il surgit là où c'était Chopin et pas Henri Dès. Car oui, un bébé veut parfois quelque chose de précis. Et pour le décrypter, c'est pas gagné. Le mode de communication entre un bébé et ses parents frise plus souvent le malentendu que ce qu'on voudrait. Et c'est là où les parents dégainent la théorie du caprice. « Ben c'est un caprice. » Hop ! Ni vu ni connu, je t'embrouille. C'est lui, c'est pas moi. A trois mois.

c'est pas moi...

 

Moi, j'y arrive pas. Je n'arrive pas à voir chez nos enfants, bébés, plus grands, des caprices. Chez moi, oui, c'est clair (et encore que)... Mais chez les bébés non. Je vois de l'angoisse qu'il faut rassurer, chez les enfants comme chez les parents, je vois une impossibilité à dire qui doit être insupportable, je vois un monde qui n'a pas encore de sens, je vois le trop de bruit, trop de couleur, je vois le trop de silence, le trop de peur, mais je ne vois pas le « je veux ça, c'est moi qui décide et toi t'es une merde ». Non.

 

J'imagine ce que c'est que d'être un bébé, d'avoir un corps tout recroquevillé, de vouloir dire mais de ne pas pouvoir, d'entendre sans comprendre, de voir sans percevoir. Même quand ils sont plus grands, que la langue devient un autre terrain de jeu, et qu'on entend « c'est dingue, il comprend tout ». Non non, il ne comprend pas tout, et ça peut d'ailleurs être perturbant. De comprendre un peu, mais pas tout, comme si on avait du coton dans les oreilles qui nous empêchait de bien saisir ce qui nous est dit. Ca peut sacrément foutre en rogne, même. Ca peut passer pour des êtres capricieux. Parce que les parents croient que la langue est acquise, que non, c'est non une bonne fois pour toute, (mais c'est pas sûr, peut-être que ça peut changer ? C'est non pour maintenant, mais dans cinq minutes ? Non?) ou que franchement, il le fait exprès ou quoi ?

Oui, il le fait exprès, mais pas pour nous faire rager. Non non non ! Ôte-toi ça de la tête, sinon, tu vas finir par le mettre en cage, ton félin ! Pour apprendre. Pour être bien sûr que ce que tu dis, c'est ce qu'il a compris... Pour être bien sûr que le mot a un sens précis !

madame boudeuse

Quand ils sont bébés, c'est peut-être pour appeler le corps de l'autre, pour être sûr que lui n'est pas seul. Parce que bigleux, sans rien comprendre, sans pouvoir articuler que des sons approximatifs, sans pouvoir bouger, ils sont pas loin d'être comme un aveugle sourd paraplégique. Berk berk, ça doit être flippant. D'où les pleurs, les pertes de tétines, les demandes de câlins, de sein, de bisous, de jouets et de doudous.

 

Le félin n'est pas capricieux. Il sait ce qu'il veut -la plupart du temps-, et c'est nous qui ne comprenons pas. Et oui. Ce que les parents savent, ce n'est pas ce que le félin veut, mais comment le félin doit demander ce qu'il veut. Ce que les parents savent, ce sont les règles de la vie sociale, la politesse. Le fameux « on doit ». La grammaire de la vie en collectivité. Et en aucun cas les parents ne savent quel verbe son enfant veut conjuguer. C'est là où le caprice surgit, quand on croit savoir ce que son enfant veut, en zappant que c'est impossible. On ne peut pas savoir ce que veut son enfant. Raaaa c'est rageant, mais c'est comme ça, et c'est tant mieux, c'est comme ça qu'il cherchera à expliquer. Et se mettre en colère, c'est une façon d'expliquer ce qui se passe ! C'est clair c'est la honte quand c'est au supermarché, mais c'est déjà une façon de dire !

 

Le caprice n'est pas pour les enfants, c'est pour les adultes qui redeviennent des enfants le temps d'une pulsion...

na !

 

Publié dans historiettes

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